Frédéric Meyrieu : "On avait la meilleure équipe de D1 !"

Facilement reconnaissable grâce à sa crinière légendaire, Frédéric Meyrieu a fait rêver les supporters grenats à la fin des années 1990. Dix-huit ans après l’arrêt de sa carrière professionnelle, l’ancien milieu de terrain offensif se souvient de son passé glorieux dans les rangs messins et décrit sa nouvelle vie dans le sud de l’Hexagone. 

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Frédéric, vous avez porté le maillot du FC Metz entre 1997 et 2002. Quel souvenir gardez-vous de ces cinq années passées en Moselle ? 

F.M.  : « Un très bon souvenir ! C’est une époque assez glorieuse même s’il n’y a pas eu de titre à la clé. La période a été très intéressante, avec des hauts et des bas. Mais cela reste de très bons moments pour un footballeur ».

Vous avez rejoint le Club en 1997, après une parenthèse suisse à Sion. Quelles étaient vos motivations à l’époque ? 

F.M. : « Quand je jouais à Sion, Bernard Zénier est venu observer l’un de mes coéquipiers, Vladan Lukić. On faisait une très grosse saison, avec un doublé Coupe-Championnat. J’étais en fin de contrat, et Bernard Zénier a parlé de mon cas au Président Carlo Molinari. Le FC Metz a donc décidé de faire coup double ! J’ai senti un challenge très intéressant. Je n’avais pas obligatoirement envie de revenir en France parce que des clubs étrangers étaient sur moi, notamment en Espagne et en Angleterre. Mais le challenge messin me paraissait intéressant, car une bonne équipe était en train de se monter, avec Robert Pirès, Bruno Rodriguez ou Danny Boffin. Sans oublier les anciens qui étaient déjà présents, comme Sylvain Kastendeuch, Philippe Gaillot, Pascal Pierre et Jocelyn Blanchard. C’est pour ces raisons que je suis venu à Metz ». 

"On pouvait gagner contre n’importe qui"

Dès votre arrivée en Moselle, le FC Metz réalise une incroyable saison 1997-1998, lors de laquelle le Club a terminé à égalité de points avec le champion de France, le RC Lens. Vingt-deux ans après, ressentez-vous toujours cette frustration ? 

F.M. : « La frustration, c’est qu’on n’a pas eu de match d’appui, comme cela peut se faire dans d’autres pays. Malheureusement, on termine derrière le RC Lens pour une question de goal-average. Oui, c’est frustrant. C’est le côté le plus désagréable que l’on retient. Mais quand on regarde la saison qu’on a accomplie, on savait qu’on pouvait gagner contre n’importe qui. J’avais connu quelque chose de similaire à l’Olympique de Marseille. C’est un sentiment fabuleux. On pouvait se déplacer à Paris et espérer ramener les trois points. Partout où on jouait, on y aller pour gagner. Je pense qu’on avait, à ce moment-là, la meilleure équipe de D1 ».

Avec le FC Metz, vous avez également atteint la finale de la Coupe de la Ligue 1999 au terme d'une épopée fantastique …

F.M. : « C’est particulier, car on arrive en finale en ayant perdu beaucoup d’éléments lors du mercato estival, comme Robert Pirès, Jocelyn Blanchard, Rigobert Song et Cyril Serredszum. Malgré tout, on parvient à se hisser en finale, c’était un exploit ! On s’incline une nouvelle fois contre Lens, avec un but de Daniel Moreira, qui est droitier mais qui a marqué du gauche … Ce n’était pas évident de prendre un but d’entrée, et de réagir juste après. Mais la fête avait été belle pour les supporters. Il y avait tellement de Messins au Stade de France, c’était quelque chose de fabuleux ! Nous étions dans la continuité de la saison précédente, c’est ce qu’il fallait retenir ». 

L’année 2002 rime avec la fin de votre carrière professionnelle, à 34 ans. Avec du recul, regrettez-vous cette décision ? 

F.M. : « Bien sûr. Au départ, on se dit qu’on n’a pas de regrets. J’ai arrêté mais effectivement, j’aurais pu continuer. En France, on montre du doigt les joueurs quand ils dépassent la barre des 32 ou des 33 ans. On ne voit pas ça en Italie, en Espagne ou en Angleterre. On a beaucoup parlé de l’âge de Florent Balmont, plutôt que de mettre en avant ses qualités mentales, son sérieux dans la vie de tous les jours. On a tendance à oublier cela en France, c’est ce qui fait que j’ai arrêté. J’avais reçu des propositions de clubs de français et américains, cela ne s’est pas fait. Mais je ne regrette rien, car j’estime avoir fait une carrière plus qu’honorable, et je suis fier d’avoir apporter mes qualités aux clubs par lesquels je suis passé ». 

"J’ai piqué UN pénalty À SYLVAIN KASTENDEUCH !"

 

Qui était Frédéric Meyrieu sur un terrain de football ? 

F.M. : « J’étais un milieu de terrain offensif, comme on dit un numéro 10 à l’ancienne, qui ne se laissait pas faire. J’ai connu beaucoup de collègues qui avaient du mal à se faire carrière parce qu’ils se faisaient rentrer dedans. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, il y avait du marquage individuel. C’était beaucoup plus compliqué qu’aujourd’hui à ce poste là. Il fallait avoir l’intelligence d’éviter les coups, de se faire oublier et d’être décisif, c’est-à-dire marquer et faire marquer. J’ai connu cette période exceptionnelle du football. Certes, c’est plus rapide et athlétique de nos jours. Mais à l’époque, on mettait l’accent sur la technique et l’aspect mental ». 

Vous avez inscrit 27 buts sous les couleurs messines. Vous rappelez-vous de l’un d’entre eux ?

F.M. : «  On me parle encore de quelques buts que j’ai inscrits. Je ne les ai pas tous revus, mais je me souviens d’un but en particulier. Un jour, on a obtenu un pénalty et Sylvain Kastendeuch est venu me voir. Il ne se sentait pas trop à même de le tirer. Alors, il me dit : « frappe-le ! » Alors, je le lui ai piqué ! Et je me souviens également d’un but face à Mickaël Landreau que j’ai marqué à Saint-Symphorien devant la Tribune Ouest. Il y a eu pas mal de coups francs aussi. Mais si on avait compté les passes décisives sur coup de pied arrêté, les statistiques auraient été différentes ! ». 

Avez-vous un souvenir de vestiaire à nous confier ? 

F.M. : « J’en ai plein ! On avait une table dans le vestiaire. À la fin de l’entraînement, la tradition était de jouer au tennis-ballon sur la table ! Et aussi lors d’un match, j’ai dit à Faryd Mondragon d’arrêter de dégager au pied. Il n’avait pas bien compris mes propos, il pensait que je le grondais ! À la mi-temps, j’ai cru qu’il allait m’accrocher à la douche, comme il faisait 2 mètres. C’est là que je lui ai expliqué et qu’il a ri sur le moment ! ».

Alain Giresse et Klaus Allofs

Avec quels anciens joueurs du FC Metz avez-vous gardé contact ? 

F.M. : « J’ai encore des liens avec Danny Boffin et Gérald Baticle. J’ai récemment parlé à Geoffrey Toyes. Et puis quand je remonte sur Metz, cela m’arrive de retrouver quelques anciens coéquipiers messins ». 

Quel joueur vous a marqué durant votre carrière ? 

F.M. : « C’est simple : il y en a deux ! Ce sont deux joueurs que j’ai côtoyés à l’Olympique de Marseille, Klaus Allofs et Alain Giresse. Klaus Allofs était un attaquant finisseur qui marquait des buts et qui savait décrocher pour animer le jeu. Il appliquait la rigueur allemande. Il venait à l’entraînement une heure avant, et se faisait obligatoirement masser après les séances. Avec Alain Giresse, on pouvait se lever tôt pour lui prendre le ballon ! Il savait se servir de son corps pour diriger le ballon. Il pouvait accélérer le jeu en jouant à une ou deux touches. Le plus important avec eux, c’était de voir le jeu avant d’avoir le ballon. Ils trouvaient les solutions très rapidement et efficacement ! ». 

"Le FC Metz s’est montré solide"

Quel est votre avis sur la dernière saison de Ligue 1, qui a vu le FC Metz se maintenir à la 15ème place après l'arrêt du championnat ? 

F.M. : « J’ai trouvé que l’équipe a été solidaire. Il y a eu de l’envie, elle a joué pour marquer des buts. C’est monté crescendo. Le FC Metz s’est montré de plus en plus solide au fil des semaines. Je trouve que le Club a fait une très belle saison dans l’ensemble, et c’est très encourageant pour la suite ! ». 

Pour finir, qu’avez-vous fait après l’arrêt de votre carrière de footballeur ? 

F.M. : « Tout de suite après ma retraite sportive, je suis redescendu dans ma région natale, à Toulon. Aujourd’hui, je m’occupe d’un club de jeunes, le RFC Toulon, qui était au plus bas à mon arrivée. J’ai aidé à redresser le club. D’ailleurs, on remonte en U17 National cette année, donc ça repart plutôt bien ! À côté de cela, je suis conseiller municipal à Revest-les-Eaux, une commune du Var de 4 000 habitants. À un moment, j’ai été consultant pour Canal+ et OMTV mais j’ai arrêté parce que cela demandait beaucoup d’investissement. Les déplacements étaient encore plus compliqués que pendant ma carrière de footballeur ! J’ai donc préféré me consacrer au football à Toulon et à ma mission d’élu ».